Wednesday 13 Sep 2017

Les droits de l’homme dans la tourmente

Ouvrant la série des conférenciers invités 2017-2018 à La Châtaigneraie, le Haut-commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme Zeid bin Ra’ad al-Hussein a invité les quelques 200 élèves de 12e et 13e à imaginer le moment où ils quitteront l’école. « L’éducation que vous recevez ici comptera pour peu si elle ne s’accompagne pas d’un sens profond des valeurs », at-il commencé, rappelant son jeune public que, bien qu’il y ait eu de nombreux individus brillants tout au long de l’histoire qui ont conçu des technologies incroyables, ils ont néanmoins été incapables de prévenir la flambée de deux guerres mondiales, d’innombrables génocides et des violations des droits de l’homme.

Abordant le thème de la nécessité incontournable d’avoir des lois, le Haut-commissaire Zeid a soutenu que « en tant qu’êtres humains, nous ne sommes pas fiables ni dignes de confiance car si nous l’étions, nous ferions ce qui est bien et bon simplement parce que nous saurions ce qu’il faut faire ». Un exemple frappant s’est produit avec la deuxième Guerre mondiale, et les horreurs que l’humanité a commises durant ce terrible conflit, en particulier avec l’Holocauste. « Nous savions que le prochain tour serait le dernier », a déclaré Zeid, indiquant cet instant comme le moment de la naissance des droits de l’homme, qui ont été inscrits dans trois documents majeurs, mieux connus sous le nom de Charte internationale des droits de l’homme.

L’architecture des droits de l’homme

Le premier document est la Déclaration universelle des droits de l’homme, adoptée à Paris en 1948 par l’Assemblée générale des Nations Unies. Il s’agit d’un ensemble de trente articles affirmant les droits d’un individu et qui, bien que n’étant pas juridiquement contraignants en soi, ont été repris dans un certain nombre de traités internationaux ultérieurs, de constitutions nationales et d’autres lois. Les deux autres traités, adoptés en 1966 par l’Assemblée générale des Nations Unies, sont le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, qui engage ses parties prenantes à accorder des droits économiques, sociaux et culturels à leurs territoires non autonomes ainsi qu’aux territoires sous administration de l’ONU, et le Pacte international relatif aux droits civils et politiques, qui engage ses parties prenantes à respecter les droits civils et politiques de tout individu. 

Pourtant, et malgré la nature universelle de ces traités, certaines nations estiment que l’architecture des droits de l’homme, telle qu’elle est énoncée dans ces textes juridiques, est une création de l’Occident. Dans certaines régions du monde, le sentiment existe qu’en 1945, les puissances occidentales qui sont sorti victorieuses de la deuxième Guerre mondiale ont imposé ce cadre normatif sur le monde. « Mais l’affirmation selon laquelle il doit y avoir des droits différenciés provient des auteurs mêmes de violations des droits de l’homme », a déclaré Zeid. Il a donné l’exemple du crime de coups et blessures : si vous prenez le cas d’une femme battue en Jordanie, en Australie ou en Colombie, la loi dans chaque pays sera différente en termes de clémence vis-à-vis des auteurs de ce crime. En revanche, du point de vue des victimes, elles souffrent chacune tout autant, peu importe d’où elles viennent. « Voilà le problème », a conclu Zeid, « nous ne considérons pas les choses du point de vue des victimes, mais de celui des auteurs, qui prétendent que nous leur imposons des règles ». 

Protéger les victimes

En parallèle aux traités susmentionnés, a poursuivi Zeid, nous avons le Conseil des droits de l’homme, une structure qui compte 47 membres et qui se réunit trois fois par an pour examiner une série de questions relatives aux droits. Celles-ci peuvent être thématiques (par exemple, en lien avec les droits de l’enfant ou les droits LGBT) ou liées à un pays individuel. Des experts s’ajoutent à cette architecture afin de surveiller l’évolution des problématiques, tandis que le Haut-Commissariat a également un mandat indépendant pour évaluer les dossiers de chaque pays et d’œuvrer aux côtés de la société civile dans la préservation et l’avancement des droits de l’homme. « C’est pourquoi nous sommes considérés comme gênants », a poursuivi Zeid, « parce que notre travail fondamental est de défendre les droits des victimes ». 

« Les lois n’ont pas été créées pour protéger les forts, elles ont été créées pour protéger les faibles », a conclu Zeid. « Nous avons besoin de personnes compatissantes, de gens intelligents et attentionnés, qui ne bousculent pas les autres pour se hisser au-dessus d’eux ». Pour les élèves présents, qui ont été formés par l’Ecolint à la citoyenneté et à s’engager dans les défis politiques, éthiques et environnementaux de leur époque, l’appel à l’action du Haut-commissaire Zeid est d’autant plus convainquant car ils se tiennent aux bords de l’âge adulte, désireux et dédiés de construire un monde meilleur basé sur la compréhension mutuelle et le respect pour tous.

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