Wednesday 01 Mar 2017

Changer le monde pour les femmes et les filles

Quand Leyla Hussein s’est retrouvée enceinte de sa fille, elle ne pensait pas que la mutilation génitale féminine (MGF) -  ou excision -  était quelque chose de négatif. Mais pour la professionnelle de la santé qui la soignait suite à la naissance de son enfant, la cicatrice de Leyla tire la sonnette d’alarme, signalant que la nouveau-née risquait de subir le même sort que sa mère. 

Découvrant que la MGF est interdite au Royaume-Uni, malgré avoir été élevée en pensant qu’il s’agissait de la norme, Leyla a commencé à poser des questions : « Comment se fait-il que je n’ai pas reçu cette information dans mon école ? Ou de mon médecin de famille ? Ou de ma sage-femme ? ». Ses questions restent sans réponse et elle les pose encore aujourd’hui.

« Je n’ai pas cherché à devenir militante » explique Leyla à son public d’élèves de 13ème de La Châtaigneraie. Ayant grandi en Occident, les gens supposent que Leyla n’a pas subi cette pratique, pensant que ça n’arrive qu’aux petites filles dans des villages ruraux africains isolés. Mais ça lui a bel et bien été infligé à l’âge fragile de sept ans. Dans l’atmosphère captivé de l’Aula primaire du campus de Founex, Leyla lance une question : « Comment peut-on rompre ce cycle de violence ? »

Coupable d'être née femme

Dans un monde où plus d’un milliard de femmes et de filles sont encore à risque de subir des pratiques nocives, Leyla appelle à la fin de l’oppression des femmes sous toutes ses formes. Sa vision ? Soutenir et habiliter les femmes à mettre fin à la MGF et à créer un environnement dans lequel elles peuvent se défendre. 

Dans l’état actuel des choses, « les femmes sont coupables d’être nées avec un vagin » affirme Leyla, qui explique que la MGF découle du désir de contrôler la sexualité des femmes et des filles. « Il s’agit d’un enjeu mondial », poursuit-elle, « et la MGF n’est qu’un de ses symptômes ». 

Avec le taux alarmant de cinq filles subissant des MGF chaque minute, ce problème est urgent. Selon l’Organisation mondiale de la santé, plus de 200 millions de filles vivent avec les conséquences de cette pratique, dont 500'000 en Europe. Avec des effets physiques et psychologiques à long terme dévastateurs, les victimes ne souffrent pas seulement des conséquences immédiates de la procédure elle-même. Du stress post-traumatique aux reviviscences, du dysfonctionnement sexuel à la dépression sévère ainsi qu’aux complications gynécologiques et urinaires, les MGF ont des répercussions à vie. 

La FGM comme maltraitance sur enfant

La MGF a été interdite dans la plupart des pays, y compris dans de nombreuses nations où elle est couramment pratiquée. Au Royaume-Uni, une loi a été adoptée en 1985 contre les MGF. Mais pour Leyla, il n’y a « aucune raison d’avoir une loi spécifiquement pour la MGF. Nous n’en aurions pas une qui interdise de couper la jambe à un enfant. Nous devons traiter les MGF comme toute autre forme de maltraitance ». Pourtant, de nombreuses barrières empêchent toujours l’éradication totale de cette pratique dangereuse, notamment le manque de financement, de refuges pour femmes et filles, de personnel formé et d’engagement décisif, ainsi que l’omission des MGF de la formation obligatoire en protection de l’enfance. 

En dépit de tant d’obstacles, Leyla reste positive, disant que « des démarches sont en train d’être prises pour protéger les filles, et que les filles qui ne sont pas excisées doivent être reconnues comme un signe d’espoir ». Elle conclut que si « c’est la responsabilité d’un parent de protéger son enfant contre tout préjudice », chacun peut néanmoins s’impliquer en faisant passer le mot et en sensibilisant à l’échelle individuelle, familiale et scolaire. Pour les étudiants de l’Ecolint, Leyla les a éclairés sur un sujet auquel ils peuvent prêter leur voix aujourd’hui et à l’avenir. Pour Leyla, elle a trouvé chez les élèves de l’Ecolint, qui tout au long de leur scolarité sont encouragés à participer à des projets qui développent leur sens de la responsabilité sociale, un ensemble d’alliés et de porte-paroles qui sera à jamais touché par son histoire.

Regardez le documentaire de Channel 4 The Cruel Cut, avec Leyla Hussein. 

Pour en savoir plus sur les MGF et le travail de Leyla Hussein

Share this article