Friday 26 Jan 2018

Hors des sentiers battus : la classe modulable arrive à La Châtaigneraie

Il est lundi matin à l’école primaire de La Châtaigneraie et alors que les élèves de 5ème entrent dans leur salle de classe, ce grincement si familier de chaises traînées de sous les tables est loin d’être entendu. Au lieu, les élèves choisissent calmement et silencieusement leur place à l’un des nombreux postes de travail répartis dans la pièce. Ceuxi-ci sont aussi nombreux qu’ils sont variés : une table basse avec des coussins tout autour posés sur un tapis bien moelleux ; une ligne de sièges-ballons soigneusement fixés par un anneau afin d’éviter tout tentation de rouler ou rebondir dans tous les sens, nichée sous une série de bureaux triangulaires ; un ensemble de fauteuils dépareillés, aussi commodes les uns que les autres ; les bureaux d’école traditionnels avec leur ensemble de chaises ou tabourets ; et même un canapé confortable niché dans un coin de la pièce pour ceux qui cherchent un espace tranquille. 

L’instigatrice de cet arrangement non conventionnel – ou classe modulable – est l’enseignante Carole Ly, dont l’inspiration d’essayer quelque chose de nouveau vient de son expérience dans les classes de la petite enfance. « Habituellement, dans les classes traditionnelles, tous les yeux sont tournés vers l’enseignant ou le tableau. Il y a toujours un point de convergence », explique Carole. « Mais dans cette atmosphère flexible, ce point de convergence disparaît, et les élèves peuvent se réapproprier l’espace d’apprentissage ». 

Qui, où et comment ?

Les élèves peuvent choisir de rebondir ou de rouler, de s’agenouiller ou de s’asseoir, de trouver leur confort debout, assis ou couché. « Je ne jugerai jamais leur choix de siège parce qu’ils ont appris depuis longtemps qu’ils doivent trouver la meilleure position pour apprendre à ce moment-là, et celle-ci peut varier tout au long de la journée », poursuit Carole en finissant de donner les instructions du matin. Mais les élèves peuvent non seulement choisir leur préférence en matière de place, ils peuvent également choisir avec qui travailler. Avec de petits rappels de Carole de réfléchir soigneusement aux camarades avec qui ils vont travailler le mieux à ce moment précis, les élèves sont encouragés d’une part à explorer les méthodes de travail de leurs camarades, et de l’autre à réfléchir à leurs propres forces. Car ce qui peut paraître facile à un élève en mathématiques, peut ne pas l’être pour un autre, mais ce dernier peut en revanche être particulièrement habile quant à la lecture ou la recherche. De même, si deux élèves peuvent être inséparables dans la cour de récréation, ceci n’est peut-être pas le cas en classe. Ainsi, en réfléchissant à leurs propres forces et faiblesses et en y assumant la responsabilité, les élèves s’associent naturellement en équipes complémentaires sans que l’enseignante ait à les surveiller.  

« Après un mois et demi d’apprentissage, les élèves ont découvert le monde de la responsabilité », poursuit Carole, qui explique que la réintroduction d’un élément de jeu est essentielle pour que les élèves acceptent la responsabilité de leur apprentissage. Dans sa classe, l’élément de jeu prend deux formes. D’un côté, elle a introduit une option de jeu dans l’étude des mathématiques et de l’anglais à travers des sessions hebdomadaires de Scrabble et d’échecs. De l’autre, Carole a mis au point le « Genius Bar » - une étagère avec une gamme de jeux (échecs, jeux d’empathie, Rubix cubes, pour n’en citer que quelques-uns) dans laquelle les élèves peuvent piocher pour jouer tranquillement en attendant le reste de la classe une fois qu’ils ont terminé un travail. « Ça a changé la donne parce qu’ils ont appris à se concentrer, à persévérer, à dépasser leurs limites, à valoriser l’effort et la résilience », explique Carole, qui ajoute que toutes ces compétences sont ensuite transmises à leur travail. 

Construire les citoyens de demain

A l’avenir, Carole espère pouvoir donner aux élèves plus de flexibilité pour s’approprier la façon dont ils planifient leur journée, en fixant des objectifs clairs, mais en laissant plus de place pour que les élèves choisissent leur propre ordre et leur propre rythme. Pour Carole, le rôle d’un enseignant doit être celui d’un facilitateur ou d’un coach. « Cela facilite la tâche de l’enseignant, parce que vous pouvez alors vraiment vous concentrer sur les besoins des enfants, mais cela facilite surtout la tâche pour les enfants qui se sentent plus autonomes dans leur travail et travaillent doublement dur ».

Jennifer Armstrong, directrice de l’école primaire, soutient vivement l’intérêt de Carole pour cette initiative. « La recherche indique clairement une relation entre l’apprentissage et l’environnement dans lequel apprennent les élèves, et Carole tenait à mettre en pratique la recherche. En effet, nous savons que l’environnement est le troisième enseignant (aux côtés de l’élève et de l’enseignant). Un environnement intelligemment construit contribue à l’apprentissage ; dans ce cas particulier, en favorisant l’esprit d’initiative et le sentiment d’autodétermination des élèves, en rendant visible leur apprentissage et en favorisant le développement des compétences essentielles à la démocratie – celles du service à et de la responsabilité envers les individus et les groupes ». 

L’éducation à l’Ecolint consiste, entre autres, à habiliter les élèves à devenir des individus extraordinaires, et bien se connaitre et faire les bons choix est essentiel à cela. Grâce à des enseignantes comme Carole Ly qui cultivent l’estime de soi, la motivation d’apprendre et la responsabilité en valorisant les divers besoin et méthodes d’apprentissage de chaque élèves, l’Ecolint contribue à former des étudiants qui sont plus résistants, mieux équipés et plus conscients des défis que posera l’avenir. 


Le Genius Bar dans lequel les élèves peuvent choisir un jeux en attendant que leurs camarades finissent un travail.

Share this article