Monday 06 Feb 2017

Shakespeare au XXIe siècle

La plupart des gens conviendront que William Shakespeare est un grand écrivain. Sa position au centre de la culture anglophone, et au-delà, est confirmée, et il sera enseigné et étudié encore bien longtemps. En d’autres termes, Shakespeare n’est pas prêt de disparaître. Pourtant, bien que certains deviennent des admirateurs ardents, pour beaucoup (sinon la plupart), Shakespeare est un moment difficile à passer à l’école et plus vite on en fini, mieux c’est. 

A l’occasion d’une conférence au Centre des arts pour les élèves de l’école secondaire de La Grande Boissière, Oliver Morgan, Maître-Assistant à l’Université de Genève et spécialiste de Shakespeare, a mis en garde son public que sa présentation ne serait pas ce à quoi ils s’attentent. 

En fait, non seulement Morgan ne s’est pas lancé dans les éloges et la glorification typiques qui accompagnent habituellement toute mention de Shakespeare, mais il a plutôt appelé à une réévaluation des méthodes d'enseigner le Barde. Il en a également profité pour donner aux élèves de l’Ecolint quelques conseils pour leur étude actuelle et future de Shakespeare. 

« Nous avons besoin d’une méthode d’étudier Shakespeare qui ne nous oblige pas à comprendre la signification de chaque mot, une méthode qui commence par les bases et qui se construit progressivement » a suggéré Morgan, qui a surnommé cette nouvelle méthode « l’approche pragmatique ». S’inspirant de la pragmatique, la branche de la linguistique qui observe ce que la langue fait plutôt que ce qu’elle signifie, la méthode de Morgan examine le langage en contexte. 

A l’aide d’une seule scène de Macbeth, Morgan a montré aux élèves de l’Ecolint comment décortiquer une scène en construisant leur compréhension couche par couche. La première étape consistait à supprimer tous les mots afin que seule la liste des personnages ne demeure, ainsi que les didascalies. À cette liste, Morgan a ajouté une première couche d’information en indiquant à qui les personnages s’adressent. « Connue comme la turn-taking analysis, nous commençons à voir qu’en accordant une attention à la forme du dialogue de Shakespeare plutôt qu’à son contenu, nous apprenons déjà beaucoup » a expliqué Morgan. Par exemple, en observant la fréquence des interventions d’un personnage, on peut déduire son importance vis-à-vis des autres. Cette analyse peut nous donner un indice sur le statut social d’un personnage, mais aussi sur la dynamique de pouvoir au sein d’un groupe. 

Le deuxième niveau d’information consistait à ajouter les actes de langage à la liste ci-dessus. S’inspirant à nouveau de la linguistique, mais aussi de la philosophie, Morgan a exploré les actions accomplies par les mots : demandes, avertissements, invitations, promesses, excuses, prédictions, etc. Ce faisant, nous pouvons comprendre le but du dialogue sans se perdre dans la complexité du langage de Shakespeare. 

Enfin, la dernière étape consistait à identifier les termes d’adresse, principalement des noms ou des titres honorifiques. « En montrant comment une personne choisit de s’adresser aux autres, nous découvrons ce qui se passe à ce moment-là et apprenons plus sur les personnages » a conclu Morgan. En d’autres termes, quand Macbeth traite son serviteur de « drôle à face de crème ! » ou de « maraud ! », nous percevons bien son mépris et son impatience. Ainsi, cette dernière couche d’information non seulement contribue à définir l’humeur d’un personnage, mais aussi, lorsque la pièce entière est reconstituée, donne une impression plus complète de leur personnalité. 

Les élèves de l’Ecolint ont appris que même sans regarder en détail la signification d’un texte, il est possible d’en déduire beaucoup de sa structure de base et de quelques mots clefs. Si certains sont entré dans le Centre des arts craignant devoir écouter une conférence universitaire sur Shakespeare, tous sont sorti les clefs en main, prêts à aborder leur prochaine classe d’anglais avec un nouvel ensemble de compétences. 

Oliver Morgan a présenté Shakespeare au XXIe siècle au Centre des arts le 27 janvier 2017 dans le cadre des Lecture Series de La Grande Boissière

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