Friday 27 Jan 2017

Jouer la liberté et la paix: Zohra se produit au Centre des arts

Les annonces sur les portes du Centre des arts affichaient « Complet » alors que des foules de spectateurs affluaient pour voir « Zohra », le tout premier orchestre féminin de l’histoire de l’Afghanistan. Pour le plus grand plaisir de nos élèves, des écoliers d’autres écoles genevoises et du grand public, l’Afghan Women’s Orchestra, plus de 30 jeunes Afghanes âgées de 14 à 20 ans, ont partagé leur amour pour la musique. Accompagnées par des jeunes musicien-ne-s de l’Orchestre du Collège de Genève, et resplendissantes dans leurs costumes traditionnels, les jeunes femmes ont présenté leurs instruments et joué une variété de musique traditionnelle afghane et des morceaux classiques occidentaux. 

« Pour nous à Genève, cela peut paraître banal, mais pour ces jeunes filles, le simple fait d’apprendre un instrument est un exploit remarquable », explique Isabelle Muller, coordinatrice du Centre des arts. Ce n’est pas une exagération. La musique est rarement entendue en Afghanistan, ayant été interdite durant près de 30 ans jusqu’à la chute du gouvernement taliban en 2001. Rien que d’assister à une répétition à l’Afghan National Institute of Music (ANIM), le foyer de Zohra, représente un défi pour ces filles, qui doivent parfois transporter leurs instruments en douce afin d’éviter des menaces de violence. 

Trente ans de silence

Lorsque les talibans ont pris le pouvoir en 1996, les femmes ont été interdites de travail, forcées de rester à la maison, et obligées de se couvrir entièrement quand elles sortaient de chez elles. Avec de lourdes sanctions imposées par les États-Unis et le refus des Nations Unies de reconnaître le régime taliban, les citoyen-ne-s afghans ont soufferts des années extrêmement difficiles au cours desquelles l’éducation formelle a presque entièrement disparu, notamment pour les femmes. 

Malgré de légères améliorations au cours de la dernière décennie, les taux d’alphabétisation restent faibles, se situant autour de seulement 24% pour les femmes (selon une estimation de 2015). L’accès à l’éducation est encore plus difficile dans les zones rurales, où de nombreux enfants, et en particulier des filles, doivent travailler pour aider leurs familles à survivre. Selon un sondage réalisé par l’UNICEF en 2007, près d’un quart des enfants afghans âgés de 7 à 14 ans travaillent. La violence contre les écoles, l’absence d’infrastructure et le manque d’enseignants qualifiés compliquent la situation. 

Avec la chute du gouvernement taliban, la situation commence à s’améliorer lentement. « L’un des phares de l’espoir pour les femmes et la musique en Afghanistan fut, et est toujours, Ahmad Sarmast, fondateur et directeur de l’Afghanistan National Institute of Music », a déclaré Isabelle Muller. Ethnomusicologue afghan-australien, le Dr. Sarmast est retourné en Afghanistan après des années d’exil avec un programme pour relancer la musique et donner accès à l’éducation musicale à tous les enfants, y compris les filles, les enfants défavorisés, les orphelins et les enfants des rues. Bien qu’il subit des menaces continues et malgré avoir survécu à une attaque suicide contre lui, Sarmast persévère dans son but, espérant pouvoir construire une salle de concert et un dortoir pour filles au sein de l’institut actuel, et d’ouvrir d’autres écoles de musique à travers l’Afghanistan. 

Célébrer l’espoir et le dialogue entre cultures

« Le Centre des arts est privilégié d’avoir pu accueillir ce groupe extraordinaire de femmes » poursuit Isabelle Muller. « Nos étudiants ont découvert une culture particulièrement riche : une culture qui a été mise en danger depuis si longtemps, non seulement en raison de l’interdiction de la musique, mais en raison de la nature même de la musique afghane, qui est pour la plupart une tradition orale ». Situé au carrefour de l’éducation et de la culture, et entouré de l’environnement international de l’Ecolint et de son dévouement aux valeurs de l’inclusion, du respect et de la compréhension interculturelle, le Centre des arts réaffirme sa position de vitrine vers la diversité culturelle du monde. 

La tournée de l’Afghan Women’s Orchestra ‘Zohra’ s’est produite au Centre des Arts les 23, 24 et 25 janvier 2017 dans le cadre de leur première tournée internationale, incluant une représentation lors de la cérémonie de clôture de la Réunion annuelle du Forum économique mondial (WEF) à Davos, ainsi que des concerts à Zürich et en Allemagne. A l’initiative du WEF en collaboration avec le Service cantonal de la culture de Genève et grâce au soutien de l’Orchestre du Collège de Genève, Zohra a pu se produire en Suisse et en Allemagne. A l’occasion de sa dernière représentation au Centre des arts le 25 janvier, l’Afghan Women’s Orchestra a reçu le Freemuse Award, remis en main propre par la co-fondatrice de cette organisation qui œuvre pour la défense de la liberté d’expression des musicien-ne-s et des compositeurs à travers le monde. 

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